Le complexe agricole Gagnon-Bourget, une restauration dans les règles de l’art
Corps de logis principal. Photographie : Émilie Gaudreault, 2021.
Bien à l’abri des regards, s’élève, dans un bosquet en bordure de la rivière L’Acadie, l’imposant complexe agricole Gagnon-Bourget. À cette superbe maison de ferme en moellon (circa 1840), située au 1024, chemin des Patriotes Ouest, viennent s’ajouter pas moins de cinq dépendances dont une cuisine d’été, une remise adjacente, une grainerie, une grange à foin ainsi qu’une grange-étable.
L’authenticité remarquable de cet ensemble architectural, conjuguée à un environnement plus que propice à sa mise en valeur, font de ce domaine un véritable lieu d’exception.
Dos à la route
Bien que le tracé de celui que l’on nomme désormais le chemin des Patriotes Ouest apparaisse sur une carte dès 1861, l’historien Pierre Brault signale dans son Histoire de L’Acadie du Haut-Richelieu¹ qu’il y avait autrefois plus ou moins de route sur le versant occidental de la petite rivière de Montréal (rivière L’Acadie).
On construisait donc les maisons de ce rang de manière à ce que leur façade principale soit orientée vers la voie publique (aujourd’hui le chemin des Vieux-Moulins et la route 219) qui était alors beaucoup mieux entretenue. Des traverses, ou « descentes » érigées à plusieurs endroits, permettaient alors d’enjamber le cours d’eau sinueux.
Cette disposition avait également l’avantage de se prémunir contre les importants vents d’ouest. Voilà pourquoi la demeure sise au 1024, chemin des Patriotes Ouest donne l’impression de tourner le dos à la route.
Seigneurie de Léry
La terre où est érigé le complexe agricole Gagnon-Bourget était jadis située dans la seigneurie dite de Léry. Cette seigneurie doit son nom à l’officier et ingénieur du roi en Nouvelle-France Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry (1682-1756)², à qui elle a été concédée le 6 avril 1733.
À sa mort en 1756, la seigneurie de Léry passe à son fils aîné et homonyme. Ingénieur militaire comme son père et son grand-père, Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry fils (1721-1797), que l’on nomme

Fonds Ubald Desnoyers, Maison de la famille Prairie dite Piédalue, située au 1024, chemin des Patriotes Ouest, 1903. De gauche à droite : Médéric Prairie, Eugénie Prairie, Esma Prairie née Gaudreau, Antonio Prairie, Marie Boulé et Edmire Boulé.
également Joseph-Gaspard, sera d’ailleurs responsable en 1748 de la construction du deuxième fort Saint-Jean³.
C’est en 1766 que la seigneurie est vendue à Gabriel Christie (1722-1799)⁴, un militaire d’origine écossaise qui deviendra ultimement l’un des plus grands pr
opriétaires fonciers de la région. Son peuplement ayant été négligé sous le Régime français, Christie et ses héritiers veilleront quant à eux davantage au développement de la seigneurie de Léry.
Prairie dit Piédalue
Le 19 août 1847, l’aubergiste Paphnuce Piédalue acquiert de Médard
Bouchard ce qui deviendra le complexe agricole Gagnon-Bourget. Le domaine comprend déjà une maison, une grange, une écurie ainsi que d’autres bâtisses.
Décédé prématurément à l’âge de 32 ans, Paphnuce lègue ses avoirs à sa femme Marie Lamoureux, qui épouse en secondes noces Félix Piédalue⁵. La propriété passe ensuite à leur fils Médéric Prairie dit Piédalue.
À la maison de pierre, les propriétaires actuels annexent en 1977 une cuisine d’été de pièce sur pièce. Cette dépendance datant de 1880 a été déménagée du rang Kempt près de Sainte-Sabine et appartenait jadis à la famille Bonneau. Les Bonneau y ont d’ailleurs élevé leurs treize enfants, l’étage supérieur logeant deux petites chambres, soit celle des filles et celle des garçons⁶.
Photographie : Émilie Gaudreault, 2021. Cuisine d’été.
Cuisine d’été
La cuisine d’été est le seul élément qui sera intégré à la propriété Gagnon-Bourget. Afin d’abouter cette nouvelle dépendance à la maison, il a fallu bouger la remise et en modifier quelque peu les dimensions pour ensuite être en mesure de la juxtaposer au nouvel ensemble.
Autrefois, la cuisine d’été servait à la préparation des repas pour éviter de chauffer le corps principal de la maison. On y faisait également le lavage et la fabrication du savon. Le grenier de ce type de dépendance était, quant à lui, utilisé pour l’entreposage des grains.
Patriotes
Le docteur et patriote Joseph-François Davignon raconte comment, durant les insurrections patriotes, les Loyalistes incendieront toutes les maisons dans l’espace d’un mille au-dessus du village de L’Acadie⁷.
Ici, les propriétaires ont d’ailleurs trouvé des traces d’incendie sur des poutres de la cave. Ces poutres noircies ont probablement été récupérées de l’une des nombreuses demeures de L’Acadie incendiées durant les troubles.
Texte rédigé par l’historienne Marilou Desnoyers. Détentrice d’un baccalauréat, d’une maîtrise ainsi que d’études au niveau doctoral en Histoire de l’art, Mme Desnoyers signe plusieurs ouvrages à caractère historique, dont L’église Sainte-Marguerite-de-Blairfindie. Lieu de mémoires (2016), Regard sur 350 ans d’histoire : Saint-Jean-sur-Richelieu (2016), Le Haut-Richelieu : des trésors d’eau, de terres et de feu (2017) ainsi que la Collection des rallyes historiques qui compte à ce jour cinq plaquettes. Dans le cadre de la série d’articles Les carnets d’histoire, elle contribue à la mise en valeur du patrimoine bâti de la région en soulignant l’importance de ses édifices emblématiques.
Références:
¹ Pierre Brault, Histoire de L’Acadie du Haut-Richelieu, Saint-Jean-sur-Richelieu, Éditions Mille roches, 1982, p. 240.
² F.J. Thorpe, « Gaspard-Joseph (baptisé Gaspard) Chaussegros de Léry », Dictionnaire biographique duCanada [en ligne],
https://www.biographi.ca/fr/bio/chaussegros_de_lery_gaspard_joseph_1682_1756_3F.html [Site consulté le 27 août 2025].
³ F.J. Thorpe, « Gaspard-Joseph (Joseph-Gaspard) Chaussegros de Léry (fils) », Dictionnaire biographique du Canada [en ligne], https://www.biographi.ca/fr/bio/chaussegros_de_lery_gaspard_joseph_1721_1797_4F.html , [Site consulté le 27 août 2025].
⁴ Fernand Ouellet, « Gabriel Christie », Dictionnaire biographique du Canada [en ligne], https://www.biographi.ca/fr/bio/christie_gabriel_4F.html, [Site consulté le 27 août 2025]..
⁵ Vente par Sr Médard Bouchard et son épouse à Paphnuce Piédalue, Notaire Antoine Merizzi, 19 août1847, Saint-Cyprien, Acte numéro 262.
⁶ Entrevue avec Francine Gagnon-Bourget, 19 mai 2021, Saint-Jean-sur-Richelieu, L’Acadie.
⁷ Réal Fortin, La guerre des Patriotes : le long du Richelieu, Saint-Jean-sur-Richelieu, Mille roches, 1989, p.108.
Le Musée du Haut-Richelieu tient à remercier la MRC du Haut-Richelieu ainsi que le gouvernement du Québec pour leur soutien dans la parution de cet article.