Carnets d’histoire – Sainte-Marguerite-de-Blairfindie, 225 ans d’histoire
En 2026, l’église Sainte-Marguerite-de-Blairfindie soufflera 225 chandelles.
Érigée grâce au travail et à la solidarité de toute une paroisse, blanchie à la chaux, illuminée à la chandelle et portée par la ferveur des premières veillées de Noël, elle demeure aujourd’hui le plus ancien lieu de culte du Haut-Richelieu.
Maçons, menuisiers, forgerons, bâtisseurs et paroissiens ont uni leurs mains et leurs voix pour lui donner naissance — une histoire de communauté, de patrimoine… et de lumière, qui résonne encore.
L’église de L’Acadie soufflera 225 chandelles en 2026
Collection Les Amis de l’église patrimoniale de L’Acadie.
L’église Sainte-Marguerite-de-Blairfindie (L’Acadie) soufflera l’an prochain 225 chandelles. C’est précisément le 23 décembre 1801, à peine quelques jours avant Noël, que le temple a reçu sa bénédiction solennelle¹.
À ce moment, Louis-Amable Prévost, curé de la paroisseSaint-Jean-François-Régis (Saint-Philippe) préside la cérémonie. Il est alors accompagné des curés René-Paschal Lanctôt (L’Acadie), Jean-Baptiste Boucher dit Belleville (Laprairie), Charles Bégin (Saint-Constant), Pierre Robitaille (Saint-Mathias et Marieville) et François Plessis-Bélair (Saint-Luc)².
Le 2 septembre 1800³, l’abbé Prévost procédait d’ailleurs à la bénédiction de la pierre angulaire de l’église, placée dans le coin de la chapelle latérale du côté de l’évangile (à gauche pour l’assistance). Il aura donc fallu moins de deux ans, afin d’édifier, à proximité du premier presbytère du lieu, celle qui aujourd’hui demeure le plus ancien lieu de culte du Haut-Richelieu.
Maçonnerie
Le 13 juin 1800, la fabrique de Blairfindie passe en après-midi, un marché avec le maître-maçon Jacques Odelin de Montréal, afin qu’il réalise les travaux de maçonneriede l’église paroissiale, au coût de 11 400 livres⁴.
À la lumière de ce contrat rédigé par devant les notaires Edme Henry de Laprairie et François-Médard Pétrimoulx de Saint-Philippe, on apprend que les syndicsresponsables de la construction de l’église, doivent se procurer dans la paroisse la pierre des champs et les autres matériaux nécessaires aux ouvrages de maçonnerie, tels que le sable et la chaux.
Durant tout le temps des travaux, les syndics s’engagent également à loger et à nourrir Odelin et ses compagnons, en plus de leur fournir deux verres de rhum par jour d’ouvrage⁵.
L’eau-de-vie coula aussi à flots lors de la construction du premier presbytère. Ainsi, en septembre 1782, on s’engage à remettre pas moins de 10 veltes (environ 76 litres) de rhum aux ouvriers responsables de la « maçonne »⁶
Église Sainte-Marguerite de Blairfindie, vue de l’arrière, Collection Les Amis de l’église patrimoniale de L’Acadie.
Pierre de taille
Seule la pierre de taille sera fournie par l’entrepreneur Odelin et transportée de Montréal par les syndics. Cette pierre lisse et travaillée, contrairement à la pierre des champs qui est brute et irrégulière, servira notamment à réaliser les dix croiséesen claveaux qui percent les côtés de l’édifice⁷.
Elle sera aussi utilisée pour exécuter les chambranlesdes ouvertures du frontispicesoit, les trois portes qui composent le portail, l’œil de bouc (oculus) et les deux fenêtres qui viennent éclairer le jubé. Ajoutons qu’Odelin fabriquera également une nichequi coûtera à elle seule 96 livres et où trônera plus tard une représentation de sainte Marguerite d’Écosse, la titulaire du lieu⁸.
Église Sainte-Margurite-de-Blairfindie, intérieur, avant restauration. Collection Les Amis de l’église patrimoniale de L’Acadie.
Ce sont les maîtres-menuisiers montréalais Michel Neveu et Jean-Baptiste Ménard, qui s’occuperont par la suite de confectionner notamment les différentes fenêtres et portes de bois, les planchers de l’édifice ainsi que la balustrade du chœur⁹. Puis, le maître-forgeron de L’Acadie, François Lécuyer, prendra pour sa part en charge les ouvrages de ferrure.
Clocher
Ce sera ensuite le tour de François Garault dit St-Onge, habitant de Saint-Ours, d’exécuter les travaux de la charpentedu comblede l’église ainsi que l’érection du clocher¹⁰. Puis, on confiera à Antoine Elie dit Breton, un artisan couvreur de L’Acadie, le revêtement en bardeaux de la toiture du temple qui exhibe désormais une tôle à la canadienne.
Restauration du clocher de l’église, 1955. Collection Les Amis de l’église patrimoniale de L’Acadie.
Selon un marché daté du 30 juin 1800, le clocher devait être conçu selon les plans de celui de l’église de Saint-Mathias (Pointe-Olivier)¹¹. À noter que le clocher octogonal de Saint-Mathias proposait une seule lanterneavant son remplacement effectué en 1818.
Garault offrit finalement deux lanternes au fameux clocher de L’Acadie. Il lui dessina également des lignes plus graciles qu’à son pendant de l’autre rive et le coiffa d’une flèchenettement plus allongée¹².
Noël
À l’époque, construire une église c’est véritablement l’affaire de toute la paroisse. Selon une répartition légale, on sollicite les habitants afin qu’ils offrent soit des journées de travail sur le chantier ou qu’ils payent une quote-part, afin de financer une partie de la réalisation des travaux et de l’achat des matériaux.
Le gros œuvre achevé, le temple tant attendu est enfin livré au culte. Comme les travaux d’ornementation de l’église de L’Acadie s’échelonneront sur près d’un siècle, elle adopte en 1801 un décor intérieur plutôt minimaliste, proposant vraisemblablement pour uniques meubles une partie de l’ancien mobilier du presbytère-chapelle, dont un tabernaclequ’on se procurait en 1783.
On peut s’imaginer, à rebours, ce premier Noël célébré bien humblement dans l’église Sainte-Marguerite-de-Blairfindie, avec ses murailles fraîchement blanchies à la chaux qui réfléchissaient alors la lumière d’une multitude de chandelles.
Collection Les Amis de l’église patrimoniale de L’Acadie.
Aujourd’hui, c’est une fois de plus grâce au support de la communauté, qui l’a sauvé d’une fermeture annoncée en 2014, que ce joyau édifié par nos ancêtres fêtera sous peu ses 225 ans. Demain, les gens afflueront comme autrefois à L’Acadie pour la messe de minuit, mais aussi pour célébrer ce lieu, écrin de cette riche histoire qu’est la nôtre.
Texte rédigé par l’historienne Marilou Desnoyers. Détentrice d’un baccalauréat, d’une maîtrise ainsi que d’études au niveau doctoral en Histoire de l’art, Mme Desnoyers signe plusieurs ouvrages à caractère historique, dont L’église Sainte-Marguerite-de-Blairfindie. Lieu de mémoires (2016), Regard sur 350 ans d’histoire : Saint-Jean-sur-Richelieu (2016), Le Haut-Richelieu : des trésors d’eau, de terres et de feu (2017) ainsi que la Collection des rallyes historiques qui compte à ce jour cinq plaquettes. Dans le cadre de la série d’articles Les carnets d’histoire, elle contribue à la mise en valeur du patrimoine bâti de la région en soulignant l’importance de ses édifices emblématiques.
Références:
¹ Stanislas-Albert Moreau, Histoire de L’Acadie, province de Québec, Montréal, s.é., 1908, p.57.
² Ibid.
³ Ibid., p.56
⁴ Pierre Brault et Paul Racine, L’église de L’Acadie (Haut-Richelieu) et ses dépendances, L’Acadie, Québec, Fabrique Sainte-Marguerite-de-Blairfindie, 1992, p. 43-44.
⁵ Ibid
⁶ Livres de comptes de la Fabrique Sainte-Marguerite-de-Blairfindie
⁷ Op.cit., Brault et Racine, p. 44
⁸ Livres de comptes de la Fabrique Sainte-Marguerite-de-Blairfindie.
⁹ Op.cit., Brault et Racine, p.12.
¹⁰ Ibid., p.12
¹¹ Op.cit., p.45.
¹² Ibid., p.45.
Le Musée du Haut-Richelieu tient à remercier la MRC du Haut-Richelieu ainsi que le gouvernement du Québec pour leur soutien dans la parution de cet article.